Pause doc

Un café avec Isabelle Allo et Denis Rocaboy

A l’occasion d’un conférence de presse réunissant les 19 communes du territoire de Loudéac Communauté participant au Mois du Doc, nous avons rencontré Isabelle et Denis qui organisent avec Ty Films le Mois du Doc en Côtes d’Armor.

Maxime Moriceau : Depuis quand participez vous au Mois du Doc et de quelle façon choisissez vous les films que vous proposez ?

Isabelle Allo, directrice programmatrice du cinéma municipal Quai des Images de Loudéac :
Le cinéma a ouvert en 2007 et nous participons au Mois du Doc depuis l’ouverture des 2 salles. En tant que programmatrice, je vois énormément de films tout au long de l’année lors de festivals ou via des réseaux comme Cinéphare et Ty Films. Mon choix se porte à la fois sur des coups de cœur, sur des films dont je sais qu’ils plairont au public et à la fois ce sont des films du territoire comme les films de Jean-Luc Chevé (Les Gueules bleues de Guerlédan NDLR) et de Neven Denis (Autant que faire se peut NDLR). Enfin, il y a les films autour desquels je noue des partenariats locaux avec des associations, etc...

Denis Rocaboy, Office de développement Culturel du Mené (ODCM) : On est engagé dans le Mois du Doc depuis l’origine. Nos choix de films se font de 3 façons : soit nos partenaires choisissent un des films proposés par Ty Films lors des 3 journées de prévisionnement, soit ils font leurs propres suggestions comme c’est souvent le cas. Que ce soient des communes, des bibliothèques ou des associations, elles ont un thème autour duquel elles nous demandent de leur proposer un film. Ce n’est pas toujours évident mais nous jouons le jeu. Et puis il y a les structures qui veulent organiser une soirée mais n’ont pas de film. Notre travail est alors de faire le grand écart entre présenter de la nouveauté et proposer des films dans lesquels ils peuvent se retrouver partiellement ou totalement.

M.M : Le Cinéma proposera une journée entière dédiée à la projection d’un film unique : Des Travaux et des jours. 8h30 d’immersion dans la culture d’une agricultrice japonaise.

I.A : J’avais découvert ce film durant le confinement et c’était un immense coup de cœur. Je l’ai d’abord découvert chez moi sur petit écran puis je me le suis projetée en condition cinéma. Le film est découpé en 5 chapitres et trois parties, le travail du son est hallucinant et la forme elle même est très inventive. L’ouverture du film dans un des chapitres se fait sans image pendant 5 minutes, nous sommes plongés dans le noir, juste avec la bande son.... et ce film nous donne également un autre rapport au temps. En le découvrant pendant le COVID, ça faisait un bien fou puisque tout se passe dans la nature. En faisant la chronique d’une famille d’un petit village japonais, les réalisateurs nous proposent une véritable expérimentation sonore et sensitive en salle.

M.M : l’ODCM a choisi un film qui n’est pas récent mais qui nous parle d’un sujet atemporel. Pourquoi ce choix ?

D.R : Sur le territoire du Mené, nous avons deux associations qui se sont bâties sur les débris de la guerre. Très souvent, celle-ci est présentée sous sa dimension terrible évidemment mais le film Trait d’union (de Philippe Picard et Jérôme Lambert NDLR) propose plutôt de nous raconter comment une amitié entre les peuples parvient à se bâtir après un siècle de guerre entre la France et l’Allemagne. La force de ce film est qu’il parle de tous les conflits puisqu’on pourrait aussi parler de comment l’amitié pourra renaître entre l’Ukraine et la Russie plus tard. Question qu’il faudra bien poser un jour.

M.M : En cette période troublée entre le public et les séances de cinéma, comment abordez-vous cette édition du Mois du Doc ?

D.R : En tant que programmateur d’une trentaine de séance de films documentaires, ce qui nous anime, c’est la volonté farouche de nos partenaires de reprogrammer, de reprendre le flambeau après ces 2 années assez catastrophiques. Il faut qu’on le fasse parce que le cinéma en a besoin et que les gens ont besoin de se retrouver.

I.A : C’est vrai que le cinéma en salle est actuellement mal en point. Depuis la réouverture en 2022, nous n’avons pas retrouvé notre public d’avant la crise. L’été a été catastrophique, le mois de septembre difficile. On sent un frémissement aux vacances de la Toussaint qui démarrent. Le Mois du Doc peut trouver son public parce que c’est une sorte de grand événement concentré sur un mois. C’est comme dans un festival où les films marchent très bien donc c’est ce qui fait qu’on peut espérer voir le public revenir. Au cinéma Quai des images, nous proposons chaque semaine une rencontre ou un événement et avec toutes les propositions qui ont lieu au mois de novembre en Bretagne mais aussi en France et dans tous les pays francophones, on se dit que ça peut faire revenir les gens dans nos lieux.