Le Festival international du film insulaire de Groix vient de voir le Conseil Départemental du Morbihan lui retirer son soutien financier, au motif que le festival se serait « progressivement éloigné de la finalité culturelle » pour intégrer des « prises de position relevant du débat politique ».
Cette décision est grave pour le FIFIG, mais aussi pour l’ensemble des politiques publiques de la Culture, engagement symbolique fondamental des démocraties face aux totalitarismes.
En France, la Culture, est soutenue au titre de la liberté de création et d’expression. À l’exception des régimes totalitaires, elle n’est la courroie de transmission d’aucun pouvoir. La Culture et particulièrement le cinéma, n’est pas une machine à fabriquer des moules à penser, elle est un moyen de créer du lien, d’ouvrir le regard, de mieux comprendre l’autre et osons le dire, d’être un instrument de paix.
Lorsque nous accueillons des cinéastes empêché·es de créer dans des pays en guerre ou sous l’emprise d’une dictature, oui, nous faisons de la politique, parce que nous nous engageons et nous contribuons ainsi à faire vivre la culture au-delà des frontières. Lorsque nous diffusons des films qui racontent l’état du monde, là encore, nous faisons de la politique et nous donnons à voir des réalités de femmes et d’hommes qui vivent d’autres vies que les nôtres. Ils ouvrent nos esprits à des mondes différents, à des questionnements sur nos sociétés.

Tout cela n’est pas une atteinte au pacte républicain auquel se réfère le Président du Conseil Départemental du Morbihan : c’est au contraire respecter pleinement sa vocation démocratique en s’emparant des sujets de société pour en débattre librement dans le respect de toutes et tous.
C’est là aussi que se situe la Culture. La penser comme un simple outil de distraction, de conservation patrimoniale, ou encore essentiellement comme une industrie, constitue une régression au service d’une intolérance qui prépare des lendemains peu enviables.
Comme avant lui la Région Pays de la Loire, ou le Département de l’Eure, qui vient de supprimer sa subvention au festival Les Filmeurs, le Département du Morbihan semble expérimenter localement les traits d’une politique culturelle en préparation à l’échelon national.
Et pourtant, en temps de crise, la Culture est sans aucun doute le meilleur outil pour préserver entre nous le lien d’humanité. Se battre pour la Culture, c’est se battre pour continuer à faire société, toutes et tous ensemble ; c’est se battre pour notre liberté de penser.
Autant de raisons qui nous engagent aujourd’hui à être aux côtés du FIFIG.
Jean-Jacques Rault, Marie-Anne Somda, co-directeu·rices.
Le Conseil d’administration de Ty Films : Alice Carabedian, Pomme Carteret, Catherine Cayre, Marine Blanken, Arnaud Le Couedic, Fabien You et Ariane Zevaco.