Projection nomade à Trémargat

Rendez-vous au Tremargad Kafe le mercredi 22 mai 2019 à 20h

Le Tremargad Kafé accueille Ty Films pour une soirée et une projection nomade, dans le cadre du "Now Future" Tour de l’association Documentaire sur grand écran, en partenariat avec La Cinémathèque du documentaire, Corsica.doc et Tënk. Cette projection se fera en présence du réalisateur Arnaud Des Pallières.

Pour tout savoir sur le lieu :

Le café associatif de Trémargat
1 route du lavoir
22110 Tremargat

"Diane Wellington" d’Arnaud Des Pallières

Année de réalisation : 2010
Durée : 15 mn

A travers l’adaptation d’un court récit soumis à Paul Auster par Nancy Peavy, South Dakota, c’est à une ode au cinéma muet qu’Arnaud des Pallières semble ici nous convier. Montage d’archives comme sorties de l’Amérique de Roosevelt, un piano bientôt remplacé par le bourdon d’une musique électronique, et, chargés de dérouler "l’histoire" de Diane Wellington, des cartons aussi réguliers que concis.
Diane Wellington semble d’abord user d’une méthode désormais convenue, fondée sur un usage disjonctif du montage, entre une narration écrite (cartons), des images comme illustratives, sans lien direct avec ce que le film paraît vouloir nous raconter, et les enjolivures d’un piano. La permanence de leur éclatement ouvre entre eux une béance où s’inscrivent, par imaginaire, les personnages invisibles de cette histoire. L’habileté du film de des Pallières consiste néanmoins à démultiplier cette béance, à surmonter cette absence figurative d’une absence seconde, celle de Diane Wellington, disparue un beau jour sans laisser d’adresse. Mieux, à décrire, par le biais de ce redoublement, la mutation qualitative de cette absence, quand on apprend que cette "désertion" cache une histoire sordide. De là, sans doute, que les portraits d’archives fassent place bientôt à des routes qui défilent sans fin : comme si l’indifférence se changeait en l’affirmation continuée, effarée, d’une douleur.
Mathieu Capel

Distinctions

2011 : Filmer à tout prix - Bruxelles - Sélection Internationale
2010 : Doc en courts : rencontres du court métrage documentaire - Lyon - Compétition

"Disneyland, mon vieux pays natal" d’Arnaud Des Pallières

Année de réalisation : 2001
Durée : 45 mn

Synopsis

"Disneyland existe, les enfants aussi sans doute. Les enfants ne sont pas difficiles : leur rêve c’est d’être n’importe qui, de vivre n’importe comment, d’aller n’importe où, et ils le font.
C’est ça la vie des enfants : ils ne décident pas, ils ne décident rien. La vie n’est que ce qu’elle est, rien d’autre, et ils le savent. Les enfants aiment la vie, tout le monde sait ça, mais rien ne les oblige à aimer la vie qu’ils ont."

À propos du film

Disneyland revu et corrigé par un vrai poète du cinéma, Arnaud des Pallières. Un voyage troublant au pays du simulacre.
J’ai toujours résisté à Disneyland, rebuté par cette alliance objective de la mièvrerie roublarde et du mercantilisme aveugle. Mais après avoir vu Disneyland, mon vieux pays natal, renversant documentaire d’Arnaud des Pallières, je ne sais plus. Je me demande si ce monde de la joie commerciale ne recèle pas d’envoûtantes zones d’ombre. Pourtant, le film de des Pallières est loin d’être un publireportage vantant les mérites de cet antre de l’infantilisme américain, planté comme une flèche empoisonnée au cœur de l’Europe. Après avoir comparé Disneyland à la caverne souterraine où, dans un célèbre conte, un joueur de flûte emporte les enfants de la ville de Hamelin, le cinéaste avoue : “En entreprenant à mon tour ce voyage, j’ai en moi ce matin comme une petite zone d’inquiétude.” Il s’interroge : “La musique qui nous attire est-elle aussi brillante que l’eau qui court au soleil, ou bien est-elle incohérente et triste, d’une aigreur à serrer le cœur et à faire se dresser les cheveux sur la tête ? ”
Cette dichotomie, des Pallières l’illustre à travers une série de nouvelles, dites avec une voix blanche accompagnée par une musique minimaliste et synthétique de Martin Wheeler, contribuant à déréaliser ce qui est déjà un simulacre. Les images sont aussi retravaillées, répétées, inversées et illustrent, selon les cas, des récits ou réflexions, personnels ou imaginaires, originaux ou inspirés de textes d’écrivains. C’est dire que le réalisateur, planté avec sa caméra numérique comme un touriste lambda dans le parc d’attractions, est à la fois présent et absent.
Sans assimiler Disneyland à un univers concentrationnaire (quoique…) comparable au camp d’internement auquel il avait consacré un documentaire remarqué (Drancy Avenir), des Pallières exploite le trouble intrinsèque à cette cité paradoxale pour tisser des récits doux-amers d’une insondable beauté. Non dénué d’esprit critique, cet étonnant prosateur se laisse emporter par cette déréalité parfois angoissante qui décuple ses facultés oniriques et suscite ses questions philosophiques sur l’enfance.
Dingo est un personnage de cette foire de dessin animé, mais c’est aussi un acteur déguisé. Le récit de la revendication de Dingo pour une amélioration de ses conditions de travail est un petit bijou d’ironie kafkaïenne, où des Pallières synthétise le malaise de ce parc du bonheur, où l’exploitation du travailleur se dissimule sous une langue de bois lénifiante. Pourtant, c’est plus la dimension absurde que politique qui intéresse le réalisateur, qui ne se prive pas de décaler et de déconstruire ce à quoi il assiste. La firme Walt Disney devrait être fière d’avoir trouvé son penseur, son chaman, son chantre, son poète, son noble bouffon ­ qui dit : “Disneyland a été fait pour les aveugles.” Car Arnaud des Pallières confère à cet univers des lettres de noblesse autrement plus profondes et durables qu’un quelconque spot publicitaire. Décidément, je crois que j’irai à Disneyland.
par Vincent Ostria

Distinctions
2002 : Filmer à tout prix - Bruxelles (Belgique)