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Un café avec Maxime Moriceau réalisateur du film « En apparence »

La saison des projections nomades s’est ouverte cette année avec deux « premiers films », dont celui de Maxime Moriceau, « En Apparence », diffusé à Rostrenen dans les locaux de Ti Numérik, un espace connecté de coworking.

Vers 20h un public de chaire et d’os s’est présenté à la salle de projection. Il a salué l’ouvreuse, saisi quelques pièces au fond de ses poches, effleuré la main de celle qui lui tendait le ticket d’entrée. Les spectateurs ont pris place, pour encore quelques légers frottements d’épaules, quelques entrechocs de chaises, quelques mots soufflés, puis le noir.

« En Apparence » démarre, et nous voilà propulsés dans l’univers immatériel de Second Life, une plateforme en ligne de 2 millions de km², qui n’est ni un jeu, ni un réseau social, mais un monde.

Maxime Moriceau

Pilotant une caméra virtuelle, Maxime Moriceau filme ses premiers pas dans l’immensité protéiforme de Second Life. Se cantonnant à l’espace francophone, déjà gigantesque, il explore les terres inconnues de la plateforme, et en rencontre les autochtones, à l’exemple d’une petite communauté de vampires dont il deviendra le membre pour quelques minutes du film. Maxime nous apparaît sous les traits de son avatar, dont il change à loisir les traits, la corpulence, la tenue. Le trouble est jeté, il n’est plus le jeune homme fluet et discret que nous avons croisé dans la salle de projection, il est un autre, des autres même, jusqu’à se représenter sous les traits d’une femme très désirable. Est-ce de ces autres dont nous allons suivre les aventures, ou du réalisateur ? Sans doute les deux, la voix-off de Maxime nous permettant de demeurer à la frontière des mondes, pour ne pas être totalement immergé. Grâce à cette voix, c’est bien depuis le réel que nous observons ce monde, où certains habitants semblent s’être totalement abandonnés à la virtualité des relations humaines, jusqu’à y vivre un amour « véritable ». Sous son avatar féminin, Maxime fait la rencontre d’un homme, qui s’éprend d’elle. Le réalisateur se prête à ce jeu de rôle amoureux, qui, nous l’apprendrons plus tard, n’en est pas un pour celui qui lui donne la réplique.
Nous nous approchons alors du point de rupture, celui du croisement entre le réel et le virtuel, où l’un des deux mondes doit disparaître. Maxime propose à l’homme de se découvrir par Skype. L’homme accepte..

Second Life s’est aujourd’hui dépeuplée, mais le film de Maxime Moriceau continue de questionner. Par sa subtilité, « En Apparence », ni ne culpabilise ni ne conforte notre rapport au virtuel et à l’autre. Il nous permet, sans manichéisme, et par l’expérience sensible, de penser l’illusion. Quoi attendre d’autre d’un film documentaire ? Chris Marker en personne ne s’y est pas trompé, qualifiant « En Apparence » de référence. Adoubé dès son premier film, Maxime est pourtant resté le jeune homme fluet et discret, que nous avons pris plaisir à retrouver à la fin de la projection pour un débat passionnant avec un public reprenant chaire.

Plus d’infos sur Maxime Moriceau ici !

Yves Mimaut, 20/10/2016