Pause doc

Un café avec Nadja Harek réalisatrice en résidence

À l’occasion du dernier jour de montage de son film « Quel pays nous habite », Nadja Harec nous a accordé un petit entretien. Sous un grand soleil d’hiver, la jeune réalisatrice venue de Nîmes nous reçoit emmitouflée dans un gros manteau, un café à la main, munie d’une chapka et d’une épaisse écharpe.

Corentin Le Nedic : Bonjour Nadja, peux tu te présenter ?

Nadja Harec : Je m’appelle Nadja Harec, j’ai un parcours universitaire dans les études cinématographiques et quelques documentaires à mon actif liés essentiellement aux cultures urbaines : la danse hip-hop, le graffiti et le DJ-ing. Aujourd’hui j’en suis à mon cinquième documentaire.

CLN : Tu nous a beaucoup parlé des diffuseurs lors de la soirée de mercredi. Alors, est-ce que c’est difficile de vendre son film ? Comment on s’y prend ?

NH : Oui, c’est difficile. Cela dépend des thématiques mais c’est difficile de vendre un film personnel, dans lequel on traite de la famille, surtout si c’est votre propre famille. Difficile aussi de défendre un film qui traite de l’entre-deux c’est-à-dire d’un autre pays, d’un territoire hors de la France. Il faut convaincre les diffuseurs que ce n’est pas casse-gueule.

CLN : Quels sont les vrais problèmes que tu rencontres ?

NH : Les vrais problèmes, il y en a plein ! (rires) Déjà, il y a les problèmes personnels, notamment convaincre sa famille qu’elle doit se laisser filmer, ça prend du temps. Ensuite, il y a les diffuseurs. Comme tu le sais, à la télévision, il y a certains codes d’écriture, des codes de narration. Surtout au début du film, il faut savoir accrocher le spectateur, il faut l’intéresser et pour ça, il faut qu’il se sente impliqué, qu’il ait envie de regarder. Les diffuseurs sont très à cheval sur le début du film, l’entrée en matière du sujet. Il faut trouver un compromis pour conforter à la fois le spectateur, le diffuseur, le producteur... et la réalisatrice. Parce que c’est quand même mon film.

CLN : Quel pays nous habite, tu as mis sept ans de ta vie dans ce projet, est-ce que tu te vois entamer quelque chose dans l’immédiat ?

NH : Sept ans de ma vie oui, mais dans ces sept ans, il y a deux ans de repérages, trois ans d’écriture, des tentatives, des échecs, la vie quoi. Alors franchement je vais faire une pause en documentaire et je vais m’atteler à une fiction. J’ai tourné un court-métrage, et j’aimerais bien le monter. Ça s’appelle Jamais ensemble, le titre en dit beaucoup déjà, ça se passe dans une famille où des enfants n’ont pas les mêmes droits. Le tournage est fini et je vais voir ce que ça donne... C’est la première fois que je touche à la fiction. Si ça se trouve, ça va être une révélation pour moi.

CLN : C’est ton dernier jour de montage à Ty Films, est-ce que tu as le sentiment d’avoir fini ton film ?

NH : Oui bien sûr j’ai le sentiment d’avoir terminé mon film dans de très bonnes conditions, mis à part le froid. Mellionnec j’ai adoré, j’ai découvert une super région, que des gens sympas, j’ai bien mangé, bien bu, comme on dit j’ai bien vécu ici. Et j’ai été très bien accueillie, entourée, j’ai bénéficié d’une super collaboration avec Marie-Pomme Carteret, que je tiens vraiment à remercier, spécialement. Et bien sûr Ty Films, pour l’accueil, pour la mise à disposition du lieu pour pouvoir faire mon film. Ça, ça été très important. Que dire de plus ? Il fait super beau, on est dans un paysage magnifique ! Vive Mellionnec et vive Ty Films !

Corentin Le Nedic, 7/08/2015