Pause doc

Un café avec Neven Denis réalisateur de "L’image en commun"

Neven Denis, jeune réalisateur breton est en tournée cette automne pour présenter son premier film "L’Image en commun", où il revient sur le destin d’un lieu emblématique du quartier de Maurepas à Rennes, le Cabinet Photographique. Suite à la disparition de son créateur, Jacques Domeau, Neven s’est intéressé, pendant 2 ans à la manière dont les habitant·es de ce quartier se sont réapproprié ce lieu, savant mélange d’artistique et de social.

Les visages de Maurepas

Maxime Moriceau : Dans ton film, "L’Image en commun", tu nous fais découvrir un lieu, celui du Cabinet Photographique. Peux-tu nous le décrire ?

Neven Denis : C’était un ancien local commercial laissé vaquant sur la dalle du Gast dans le quartier de Maurepas. Le photographe Jacques Domeau avait choisi de l’investir pour accueillir les gens du quartier à venir se faire prendre en photo, gratuitement. C’était un lieu très convivial où les gens passaient du temps. Le principe de ce cabinet a été inventé au Mali dans les années 60 par Malick Sidibé.

Maxime : Comment as tu découvert ce lieu ?

Neven : Je venais de terminer un Master en sociologie intitulé Image et Société et j’ai commencé au travers d’un service civique avec ATD Quart Monde, à organiser le festival des savoirs et des arts qui avait lieu à Maurepas. J’ai rencontré Jacques au cabinet alors qu’il avait ouvert seulement 1 an auparavant. Il avait déjà réalisé beaucoup de portraits d’habitants et tout ça bénévolement. On a commencé à imaginer des projets ensemble. Avec la documentariste sonore Gabrielle Lambert, il a réalisé le film "Regarde-moi" sur son travail de portraitiste. J’ai participé à la prise de son des habitants du quartier.

Maxime : Comment t’est venue l’idée du film ?

Neven : J’avais déjà l’envie de faire un film sur le quartier et sur les initiatives de ses habitants, leurs engagements à différents niveaux. Et puis Jacques est tombé malade l’été 2016, il ne pouvait plus ouvrir le cabinet et les habitants ont commencé à organiser des permanences. Quand il est décédé en novembre 2016, ça a suscité une émotion très forte dans le quartier. Les gens se sont réunis pour continuer à faire vivre ce lieu et le travail de Jacques.

Maxime : C’est le moment où tu as commencé à filmer ?

Neven : J’ai commencé par filmer les réunions collectives qui avaient lieu alors que le quartier se transformait. La question à ce moment-là était de trouver un nouveau local car celui de la place du Gast allait disparaître. Ma position n’était pas simple car j’étais à la fois réalisateur et co-président de l’association du Cabinet Photographique. J’étais investi personnellement dans les projets et à la fois en retrait pour pouvoir filmer leur évolution. Tout ça m’a permis d’être suffisamment proche des habitants pour que la présence de la caméra soit acceptée facilement. Je filmais tout le temps seul avec un petit appareil réflex. Je trouvais important d’avoir cette discrétion pour ne pas peser trop sur les scènes auxquelles j’assistais. J’ai arrêté le tournage en septembre 2018 quand je considérais avoir suffisamment de matière pour pouvoir commencer le montage. C’était difficile de savoir à quel moment s’arrêter quand on suit un projet comme celui-là, qui évolue tout le temps, il faut faire des choix.

Maxime : Quels ont été les tiens ?

Neven : J’ai voulu m’intéresser à la manière dont les habitants s’appropriaient un lieu artistique aussi convivial que ce Cabinet Photographique, comment le travail de Jacques continuait d’exister à travers l’engagement des gens qu’il avait rencontré. Je voulais vraiment faire un film sur les habitants en les associant aussi à l’écriture du film. Si j’attendais parfois de longues heures qu’un événement advienne pour allumer ma caméra, je provoquais aussi des situations avec la complicité de mes personnages. Par exemple, je voulais que Pascal me parle de son rapport à Jacques, et bien c’est lui qui a décidé du lieu où je l’ai filmé.

Maxime : Quel est ton rapport aux images ?

Neven : J’ai surtout étudié la sociologie mais je ne me retrouvais pas dans un travail de recherche sur des écrits. J’ai vu beaucoup de films, notamment au Café Théodore, où mes parents m’emmenaient, qui m’ont fait découvrir le documentaire. C’est pour ça que j’ai voulu faire le Master Image et Société d’Evry où je me suis formé à la sociologie filmique. Et puis j’ai mené pas mal d’ateliers de Sténopé avec différents publics. C’est une technique de photo ancienne manuelle et magique où l’on fabrique sa propre boîte noire dans laquelle ont expose du papier photosensible à la lumière à travers un petit trou (comme dans une camera obscura). C’est un outil simple que tout le monde peut s’approprier. Je proposerai autour de la projection du film un atelier Sténopé aux spectateurs à Plouaret le 23 novembre et à Saint Laurent le 24.

Maxime : Combien de séances vas-tu accompagner au mois de novembre ?

Neven : Il y a 10 dates jusqu’en décembre. Je pense notamment au 6 novembre à la séance prévue à la salle familiale du pôle associatif de Maurepas qui promet d’être un beau moment avec les protagonistes du film. Il y aura aussi une exposition à la médiathèque et bien sûr un atelier Sténopé.

Maxime : Merci Neven, bonne route à toi.


Propos recueillis par Maxime Moriceau le 21 octobre 2019