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Une soirée avec Gérard Alle et Patrick Molard Réalisateur et protagoniste du film L’Or des Mac Crimmon

Le temps d’une soirée de novembre, Mellionnec accueille l’un de ses anciens habitants, Gérard Alle, dont le dernier film nous conte les légendes du clan Mac Crimmon, légataires de curieux manuscrits que seul un musicien érudit tel que Patrick Molard, est parvenu à interpréter afin de ressusciter une musique ancestrale, celle du Pibroch. Retour en image et en mots sur cette soirée unique.

Alors que la lumière du jour vient de tomber et que l’éclairage public a pris le relais, les derniers sièges finissent d’être disposés face à l’écran blanc, tendu pour l’occasion, au milieu de la petite épicerie du bourg de Mellionnec, Folavoine. Gérard entre et commence à saluer les quelques clients présents. Les sourires et les mots échangés laissent entrevoir de vieilles amitiés, contentes de se retrouver le temps d’une soirée. D’autres personnes arrivent petit à petit. Certains ont commandé des pizzas de l’Arbre à Pain qu’ils mangent sur les tables en attendant le début de la séance.

Après quelques mots en guise d’introduction au film, Gérard laisse la place à Patrick qui donne tout de suite la note en nous interprétant à la cornemuse, Cave of Gold, un morceau de l’île de Skye. Les rideaux sont tirés, les lumières s’éteignent et le film commence. Nous sommes sur une plage, au lever du jour, marée montante. Un cheval noir à la longue crinière frappe le sol éclaboussant l’homme qui se tient devant lui. Patrick, la cornemuse en bandoulière, égraine imperturbablement les notes d’un morceau lent et mélodieux qui semble réjouir le quadrupède. Celui ci s’éloigne tranquillement vers l’horizon lorsque la musique cesse.

Plus tard, Patrick nous racontera que son maître, Robert Brown, habitait en lisière de forêt d’où il appréciait observer les biches s’arrêter devant sa maison alors qu’il jouait de son instrument à la tombée du jour. Car c’est de cela qu’il s’agit, le Pibroch est un son venu d’un passé ancien et mystérieux qui traverse nos consciences pour nous toucher au plus profond de nos racines. C’est ce son qu’a rencontré Patrick à l’âge de 17 ans, et qui ne l’a plus quitté depuis. Il va travailler le Pibroch à partir d’enregistrements jusqu’à remporter le premier prix d’un concours en Écosse, entre cornemuse, tire à la corde et lancer de tronc. Son jeu va surprendre Robert Brown, enseignant de cette musique dont la particularité est de ne pas utiliser de partition mais de faire chanter les mélodies aux sonneurs. Quand Patrick lui demande s’il accepte de lui enseigner son art, la réponse du professeur se fait laconique : "Passe, on verra ce que l’on peut faire".

Mais revenons à la genèse du film projeté ce soir. Nous sommes au milieu des années 1980. Gérard, boulanger en Centre-Bretagne, se rend à la médiathèque de Carhaix qui est depuis peu installée sous l’école de musique au Château-Rouge. Il croise alors Patrick, tout excité, qui commence à lui raconter l’objet de son travail du moment : les Mac Crimmon, une dynastie des Highlands, compositeurs de musiques dont chacune possède une histoire légendaire. Gérard, emporté à son tour par l’enthousiasme communicatif de Patrick lui lance : "Il faudrait faire un film !". Sur la route du retour, ce dernier s’interroge sur cet élan créatif. Lui qui fait du pain au levain n’a encore jamais réalisé de film.

Il faudra attendre les années 2010 pour que les deux hommes se recroisent et parlent à nouveau de cette histoire. Le hasard fait qu’à cette période, Patrick doit justement se rendre sur lîle de Skye afin de présenter à la Piobaireachd Society le résultat de ses interprétations de manuscrits musicaux. Gérard contacte rapidement Laurence Ansquer, sa productrice de Tita B qui lui répond : "On a pas encore de sous sur ce projet, mais vas-y !" Voilà nos deux hommes partis sur les terres des Mac Crimmon afin de restituer devant la communauté écossaise le travail de toute une vie, celui de Patrick.

C’est devant une assemblée vêtue de kilt et de costumes distingués que Patrick entame ses premières notes. Il glisse lentement entre les tables où les convives sont tous et toutes figé·es dans une attention extrêmement intense. Le moindre tressaillement de paupière est capté par la caméra de Gérard, le moindre tapotement du doigt sur le pli du kilt n’échappe pas à son regard aiguisé. Lorsque le morceau s’arrête, la salle conquise applaudi la justesse de l’interprétation de Patrick.

Cette scène concentre à elle seule l’aboutissement du travail qu’à mené Patrick Molard tout au long de sa vie. Nous le remercions pour l’humilité et la générosité dont il continue de faire preuve à chacune des projections qu’il accompagne aux côtés de Gérard Alle. Leur tournée se poursuit en Finistère. Vous pourrez retrouver Gérard le 17 novembre au Centre culturel de Loctudy à 18h, au Trimaran de Loperhet le 22 novembre à 20h et même sur l’île d’Ouessant, au Musée des Phares et Balises d’Ouessant le 23 novembre à 15h.